Panique au château

Un paquet de monde le disait depuis un paquet de temps: l’accumulation de capital connait des crises cycliques plus ou moins fortes. L’histoire de l’économie regorge de fameux exemples. Puisque dans ces mécanismes d’accumulation, l’être humain n’est qu’une variable d’ajustement: on va prendre cher. Moins de pognon à faire circuler pour pouvoir maintenir au niveaux les gros profits ? Alors plus besoin de nous. On pourrait presque s’en réjouir, mais la dépression qui va secouer l’économie, va aussi secouer nos vies: plus de chômage et moins d’allocs, plus de pression sur ceux qui taffent et moins de moyen se défendre, plus de misère et l’occasion de se débarrasser de services publics non rentables pour sauver l’État en faillite. A en croire le gouvernement, la meilleure solution consiste à arroser les banques et les constructeurs automobiles.
Pour nous, pas d’arrosage à coups de milliards en vu de nous sortir de la crise, mais plutôt coups de matraques et coups de pression. De tristes indicateurs s’ajoutent à la débâcle économique: chiffres records d’expulsion de sans-papiers, record du nombre de personnes gardées à vue, pluies de “délits d’outrage”, arme favorite de l’arbitraire des flics (1).


Arg !


L’insolence de ceux et celles qui luttent - du lycéen au professeur en passant par le chômeur et le salarié précarisé - est corrigée à grands renforts de CRS et gardes-mobiles. Avec d’importants bataillions médiatiques, une menace terroriste gauchiste providentielle est découverte au fin fond de la Corrèze pour nous démontrer qu’on ferait mieux d’avoir peur.
Mais si on cherche à nous faire peur... c’est que c’est panique au château ! C’est bien-sûr le gouvernement qui a peur et qui sait que les colères qu’engendre la crise économique ne se font pas attendre. Comme le dit le proverbe: qui sème la misère, récolte la colère.
“Ca chauffe partout en Europe. En Grèce, mais aussi en Espagne, en Italie et même en France” et “il ne faudrait pas qu’on ait un Mai-68 européen.” “Il faut toujours se méfier en France des mouvements plus ou moins révolutionnaires: je sais que les français adorent me voir avec Carla (...) cela leur rappelle les rois de France, mais je sais aussi que le peuple français a été capable de guillotiner un roi” susurre l’agité de l’Elysée (2). C’est sûr que ce n’est pas la bêtise de l’opposition parlementaire, sa foi en la cuisine gouvernementale et l’organisation bureaucratique (comme le montre le parti-boom à la gauche du PS, du PdG au NPA) qui pourront canaliser les mouvements de colère. Le gouvernement ne peut pas prévoir où et comment ça peut exploser, il a donc peur et nous met la pression. Ses déplacements officiels organisés sous très bonne garde en sont la preuve, ce qui ne les empêche pas d’être hués et de donner lieu à des rassemblements de mécontents.
C’est le symbole fort d’une classe politique de plus en plus coupée de la population, craignant les jacqueries et cloitrée dans son château. Continuons à inverser la pression en étant ce que le pouvoir redoute et ne peut contrôler. Soyons imprévisibles, sans parti, ingouvernables mais toujours dans le mouvement et les initiatives de base. C’est ça qui leur fait peur ? C’est ça qui nous libère...

(1) http://codedo.blogspot.com (2) Le Canard Enchainé n°4499

Hiver 2008/2009 - Joke A Dit !!! Editorial


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