1968/2008... Mort aux vieux cons !

On nous bassine avec mai 68. La grande révolte du « joli mois de mai » nous est servie à toutes les sauces et à tous les repas. L'indigestion est proche... Le plus drôle, ou le plus pathétique, est que ce sont ceux qui sont les plus éloignés des dynamiques soulevées en 68 qui en parlent aujourd'hui le plus: groupuscules gauchistes sectaires, crabes de partis politiques, presses branchée ou bourgeoise... Si 68 était une tentative de réinventer la vie, de penser de manière nouvelle les contradictions du système, de chercher à libérer partout la parole, de se rapproprier sa propre vie... alors la grande statue immobile aujourd'hui construite n'a aucun sens. Elle n'est que l'occasion pour les quelques ex-gauchistes squatteurs de plateaux télé et accros aux euros de se remémorer leurs souvenirs de jeunes rebelles. Aucun de ces dangereux ennemis du système ne pense à faire le lien avec les nombreuses luttes actuelles (sans papiers, lycéens, profs, parents d'élèves, grèves spontanées dans le privé, fonctionnaires). Nulle part n'apparait de critique pertinente des échecs des stratégies de l'extrême gauche de l'époque. On a en pourtant bien besoin aujourd'hui pour avancer.


Arg !


Il est également franchement réducteur d'entendre conter 68 d'un point de vue totalement franco-français, alors que la révolte secouait la terre entière et s'inscrivait dans une volonté partagée de changer le monde. De guérillas tiers-mondistes en mouvements de jeunesse, en passant par les révoltes ouvrières de l'époque. Répression du mouvement étudiant au Mexique. Mouvements pour les droits civiques aux USA. Lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. Montée en force des mouvements féministes. Résistance vietnamienne. Affirmation du mouvement de libération palestinien. Printemps de Prague. Agitation étudiante en Amérique du Nord, en Europe, en Asie...
Certes, le grand battage médiatique soixantehuitard ferme le clapé d'un Sarkozy qui clamait haut et fort qu'il fallait liquider l'héritage de 68. C'est en partie ce que fait le business de la commémoration orchestrée par les médias et les partis de gauche. Commémorer, n'est-ce pas désactiver, reléguer au passé ? Reste tous ceux et celles qui se rendent bien compte que mai 68 n'était qu'une demi-victoire vu la merde dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Nous qui n'avons pas fait 68 et voulons faire mieux, le privilège temporaire de la jeunesse nous fait crier de toutes nos forces: Mort aux vieux cons ! Quelques armes offertes dans ce numéro de « Joke a dit » dont l'interview du chercheur zapatisant John Holloway.

Eté 2008 - Joke A Dit !!! Editorial


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