Jeunesse dans la rue, gouvernement dans l'impasse:
Fronde générale !


Au moment où nous mettons sous presses ce numéro du fanzine, un mouvement de grande ampleur agite le pays. On ne sait pas, pour l'instant, quand ni comment il évoluera. 22 mars : anniversaire du déclenchement de mai 68 ; 18 mars : anniversaire de la Commune de Paris en 1871. Pourtant le mouvement ne semble pas puiser sa force dans ces commémorations de la contestation subversive. Au contraire, il se nourrit d'une véritable impulsion de base dans laquelle partis et syndicats sont débordés. Alors que le sinistre Robien dénonce les manipulations gauchistes, un élu UMP glisse, désespéré : " Si seulement c'était vrai. (…) J'ai peur que ni la gauche, ni les syndicats ne contrôlent le mouvement.* " Pour une fois ce diagnostique de la droite est juste : le mouvement de la jeunesse, soutenu par ses aînés, n'est pas récupéré et ne se laisse pas faire. Il est tenu par la mobilisation de personnes non-encartées, cette fameuse jeunesse censées n'avoir aucune culture politique. Ce mouvement se réjouit de voir qu'il oblige les organisations les plus molles, du PS à la CFDT, à se radicaliser pour ne pas être dissoutes en chemin. Malgré les témoignages droitiers de l'UNI et les manipulations médiatiques, la démocratie directe est appliquée dans les facs. Quand le gouvernement fait voter son CPE à 50 députés en pleine nuit, les étudiant-e-s se réunissent à 2000, en plein jour, pour voter la grève.




Les revendications du mouvement sont claires et élargies bien au-delà de la question du CPE. C'est bien sûr la précarité au travail comme seul horizon qui est refusée, c'est le CPE mais aussi le CNE** dont les retraits sont exigés. Mais c'est aussi l'arrêt du traitement répressif des mouvements sociaux, des intermittent-e-s aux jeunes des quartiers populaires, qui est demandé. C'est du pognon pour les écoles, les collèges, les lycées et les facs qui est réclamé. C'est la fin de la casse généralisée du code du taf qui est revendiquée. Ce que les officiels de la contestation n'ont pas réussi à imposer au gouvernement, c'est maintenant la jeunesse qui l'exige fermement. Le mouvement de 2006, c'est aussi des jeunesses qui se rencontrent : celle issue des classes moyennes que l'université prépare à gérer la société et celle issue des parties les plus précarisées de la population. Que sortira-t-il de cette rencontre, l'identification d'ennemis communs pour établir des perspectives de lutte ? C'est en tout cas ce que l'on redoute au ministère de l'Intérieur. Le sinistre Sarkozy souffle à ses proches : " S'il y avait connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible. Y compris une explosion généralisée.*"

Les casseurs n'existent pas, il n'y a que des activistEs qui ne savent pas qu'ils et elles le sont. Des individus qui veulent en découdre avec une police qui les martyrise quotidiennement. Le sérum physiologique s'échange, le mobilier urbain est mis à contribution et ce qui est pris dans les boutiques " pillées " est utilisé pour monter des barricades. Quand à l'action de la police, elle montre bien de quel côté vient la violence. La jeunesse se soulève pour une cause qui lui paraît juste. Le pouvoir lui répond avec des tonnes de flics sur-équipés. Mais l'équipement ne détermine pas forcément la victoire.

* Le Canard Enchaîné du 15/03/06
** Voir JADn°8 - http://jokeadit.free.fr

Printemps 2006 - Joke A Dit !!! Editorial


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